Stevy Mahy : Renaissance woman project

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Le désormais emblématique Mémorial Act de Pointe à Pitre a accueilli samedi 26 Août l ‘artiste guadeloupéenne Stevy Mahy .

Celle qui se décrit comme une femme qui chante, a présenté « Renaissance Woman » le fruit de sa résidence d’artiste de 5 jours.

Le projet Renaissance Woman s’articule autour du développement personnel , de la connaissance mais aussi de l’acceptation de soi même.

Drapée dans une longue robe aux imprimés psychédéliques , Stevy mahy s’est muée le temps d’une soirée en conteuse et a proposé un spectacle parsemé de vidéos , de chorégraphies interprétées par 4 danseurs mais aussi de chansons extraites de son premier album « Créole folk trip » mais également de son dernier opus « Renaissance woman » . Retour sur une soirée pleine d ‘émotions.

 Il était une fois….

C ‘est d’abord une histoire que Stevy a souhaité nous raconter, celle de deux flammes jumelles, deux êtres qui n’ont eu de cesse de se chercher et se sont finalement trouvés .

Tous deux connaissent la perte , celle de l être aimé pour l’un et celle d’une partie d’elle même pour l’autre , son sein, ce sein nourricier , symbole de féminité , rongé par la maladie .

Ces deux flammes jumelles traversent les différentes étapes que l ‘on traverse avant d atteindre la renaissance et d’accepter , de laisser aller ,de laisser faire dieu.

Quatre étapes composent ce long voyage vers la renaissance , la mort , le déni , le lâcher prise et l’éveil .

Accompagnés de leurs énergies masculine et féminine, les deux êtres se meuvent au fur et à mesure dans ces différentes étapes pour enfin connaître la renaissance , se retrouver et ne faire plus qu’un.

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Une métaphore de sa propre histoire

Stevy mahy fait partie de ses artistes qui ne mettent pas de frontière entre leur œuvre et leur vie .

Ils transforment leurs émotions en œuvres et donnent forme à leur vision de la vie en chansons , vêtements , bijoux , peinture , films ou encore poème. Ils sont la création incarnée.

C’est sa propre histoire que l’artiste a souhaité mettre en scène , ces deux flammes jumelles que le public a pu suivre tout au long du spectacle ne sont que les deux faces de sa propre personnalité , accompagnées de ses énergies masculine et féminine.

La femme qui pleure son sein c’est Stevy plus jeune , dans un processus de deuil de toutes celles que la société aurait voulu qu’elle soit.

L’homme qui pleure son épouse , c’est aussi Stevy , Stevy face à la perte de ceux qu’elle a aimés et avec lesquels elle a du apprendre à faire sans , aussi difficile cela soit -il car on ne sait pas «  faire sans » comme elle le dit elle même.

Son énergie masculine l’a portée tandis que son énergie féminine a été plus difficile a apprivoisé au fur et à mesure des années.

Ceux qui suivent l’artiste sur les réseaux sociaux et dans ses différents projets sont familiers des différentes problématiques soulevées durant ce spectacle ainsi que de son parcours de renaissance.

La chanteuse Guadeloupéenne qui a récemment fêté ses 40 ans célébrait le rejet de tous les stéréotypes reliés à cette âge pour embrasser pleinement la femme qu’elle est aujourd’hui plus désirable que jamais, plus belle que jamais et comme elle le chante si bien plus forte.

Femme d’arts: renaissance woman

Stevy Mahy est la définition même d’une renaissance woman .

Ce terme anglophone désigne un être , homme ou femme investi dans plusieurs domaines artistiques.

Ceux qui suivent la guadeloupéenne la connaissent comme chanteuse, réalisatrice, mais aussi créatrice de bijoux et de pochettes.

Le spectacle proposé ce Samedi 26 août a été à l’image de cette renaissance woman qu’est Stevy Mahy.

Les chansons des deux albums de l’artiste ont été bien sur mises en avant .

Elles ont été interprétées par l’artiste elle même accompagnée d’un guitariste .

Grande amoureuse d’Haiti, Stevy a laissé une belle place à des chants haitiens vaudous aux rythmes envoutants.

Ils ont porté le spectateur durant ce voyage à la fois mystique mais aussi terriblement proche de chacun de nous.

La danse, magnifiée par les corps de 4 danseurs, a également été un instrument pour incarner cette renaissance qu’a voulu nous faire partager Stevy Mahy.

Enfin, la vidéo , sans doute le premier amour de la chanteuse a permis de mettre des images sur les sentiments et émotions partagés ce soir là .

Ceux qui étaient là se rappelleront sans doute de l’image de cette chute d’eau(sans doute à Saut -d’eau en Haiti) sous laquelle une foule vêtue de blanc semblait célébrer la vie , laisser couler la rivière et lâcher prise.

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Le fruit de la résidence d ‘artiste de Stevy Mahy ce soir d’Août semble être la confirmation que le public guadeloupéen va devoir compter sur cette femme -artiste aux multiples talents .

D’autres collaborations avec le mémorial Act sont d’or et déjà prévues dans les mois à venir.

 

 

L’album « Renaissance woman » est disponible en téléchargement légale .

Haiti , femme libérée

Me voilà de retour pour vous parler cette fois de littérature au féminin, je n’ai malheureusement pas pu respecter les 15 jours entre chaque article et je m’en excuse (beaucoup , beaucoup , beaucoup de travail!) mais j’espère que ce nouvel article vous plaira et que vous vous direz que vous n’avez pas attendu pour rien.

Nadine Magloire


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L’île d’Haïti, est connue pour être un foyer d’artistes en tout genre, (musiciens, chanteurs, danseurs , écrivains, peintres) qui au travers leur art exposent au monde les douleurs mais aussi les beautés de la société dans laquelle ils vivent. Nadine Magloire , écrivaine, est de ceux là.

Nadine Magloire a principalement publié ses œuvres dans les années 70. Auteur a la plume franche , elle a toujours mis un point d’honneur a s’adresser à ses compatriotes avec une grande sincérité quitte à parfois s’attirer les foudres de certains.

Féministe affirmée, dans une société haïtienne patriarcale,Nadine Magloire porte également un regard sévère sur le folklore haïtien.

Regard qu’elle a sans doute hérité du temps passé hors d’Haïti.

Dans les notes qui précèdent le roman , l’auteur affirme refuser d’être enfermée dans une forme de doudouisme dont le vecteur serait la langue créole.

Elle refuse cette « haitianité »  revendiquée par certains et qui selon elle serait simplement un moyen de limiter la créativité haïtienne pour satisfaire le besoin de dépaysement d’intellectuels européens en mal d’exotisme .

Elle souhaiterait que chacun puisse s’exprimer selon les codes qui lui plaise sans chercher à se conformer à une esthétique particulière, sans chercher à plaire à un public déterminé.

Elle dit ainsi « je ne veux pas qu on m enferme dans les bornes d une culture nationale constituée essentiellement d un culte aberrant : le vaudou . Après tout ce qui compte, c’est qu il y ait des écrivains ,des musiciens, des peintres haïtiens .Qu ils s expriment comme bon leur semble, comme ils sentent, sans tricher .Je déclare que toute littérature francophone m ‘ appartient .Et même je revendique la culture occidentale dans sa totalité ! »

Le sexe mythique , ce que j’en ai pensé.

le sexe mythique

Le sexe mythique m’est tombé entre les mains suite à la lecture d’un article , qui recensait les 10 écrivaines haïtiennes à lire absolument.

Le roman  , très court ,raconte une tranche de vie d’Annie une jeune haïtienne issue d’un milieu plutôt bourgeois. Annie a 2 amants , Yves et Frantz . Tout au long des pages , le lecteur suit ses errances sexuelles et philosophiques.

Le sexe mythique , c’est d’abord une auteur haïtienne de génie , une de plus pourrait-on dire dans un pays qui en compte déjà beaucoup.

Deux dimensions caractérisent le roman, en effet, il s’agit à la fois d’un roman  érotique et féministe.

L’érotisme.

Le sexualité d’Annie est décrite sans tabou, c’est une femme qui a deux hommes dans sa vie(l’un des deux étant le mari de l’une de ses amies ) et qui de manière très naturelle passe de l’un à l’autre.

Nadine Magloire propose des descriptions très avancées des relations physiques qu’entretient Annie avec l’un ou l’autre de ses amants. Ces descriptions sans tabou on valu à l’auteur de vives critiques dans une société haïtienne très pudique.

Le féminisme ou la lutte contre le mythe de la supériorité masculine.

 

Fidèle à ses convictions féministes, Nadine Magloire a fait de son roman une vitrine de celles-ci, l’érotisme dont j’ai précédemment parlé est au service du féminisme.
Dans  le roman , c’est une critique de la société haïtienne paternaliste que propose Nadine Magloire.

Dans une société qui cherche à assigner une place précise à la femme, Annie se veut à contre courant. Libre comme l’air, et enchaînée à aucun homme .

Elle découvre les plaisirs de la chair avec Frantz. Elle est certes amoureuse mais refuse de se conformer à l’image de femme sans affirmation d’elle-même que lui propose d’adopter Frantz (l’un de ses amants).

L’amour qu’elle ressent pour lui lui fait d’ailleurs peur car elle craint d’y perdre son identité . Elle ne veut pas faire de concession , et adopter les codes du mythe de la supériorité masculine, elle les rejette de but en blanc :

« Il y aurait beaucoup à faire pour détruire complètement le vieux mythe plusieurs fois millénaire de la supériorité des mâles, en vertu de quoi ils ont tous les droits. C’est déjà une transgression du mythe , ne pas se laisser opprimer, s’affirmer comme un être avec une identité propre et qui n’est point un objet dont on s’approprie à sa guise. »

 

Je terminerais enfin en vous encourageant à lire ce roman (si vous ne l’avez pas déjà fait!) . Beaucoup d’autres thèmes y sont abordés mais j’ai préféré me concentrer sur ceux qui m’ont semblé centraux. Une porte ouverte , une de plus sur Haïti !