Maryse condé : Mets et merveilles

mets et merveilles

Les livres de Maryse Condé ont toujours fait partie de ma bibliothèque personnelle et m’ont apporté tantôt de la joie, tantôt des ébauches de réponses, tantôt des questionnements.
De Moi Tituba sorcière noire de Salem étudié au collège en passant par Le cœur à rire et à pleurer lu au lycée ou La vie scélérate découvert dans un abri de jardin ,abandonné par un lecteur étourdi j’ai toujours apprécié la voix de Maryse Condé, vraie, abandonnée,sans fards.
Dans ce qu’elle décrit comme étant sans doute son dernier ouvrage, Maryse Condé reste fidèle à cette voix et tord le cou aux idées reçues.
Elle met à mort la rivalité entre chose de l’esprit et bonne chère et s’affirme comme cuisinière de son état.

Une suite à la vie Sans fards.

En 2012, Maryse Condé publie La vie sans fards ouvrage autobiographique dans lequel tel Rousseau (dont elle emprunte d’ailleurs les mots dans la préface ) elle se confesse.
Dans Mets et merveilles l’auteur nous confie encore des épisodes de sa vie mais cette fois au travers du prisme de la gastronomie et des voyages.
Maryse condé affirme et expose, la compréhension du monde dont elle a accouchée via ses expériences culinaires et ses diverses expéditions .
Sur l’homosexualité, par exemple son séjour à Berkeley en tant que professeur et une escapade néo-orléanaise lui ont permit de se forger l’idée selon laquelle les homosexuels étaient les combattants d’une certaine liberté .
Ses deux séjours plus ou moins longs dans de grandes villes américaines ont aussi contribué au dépassement d’une incompréhension plus personnelle.
L’ouvrage détient une dimension purement autobiographique .
Au fil des pages le lecteur suit le fil de la vie de Maryse Condé.

Une ébauche de livre de cuisine.

« Il ne faut jamais blâmer une contrariété . »
L’expression antillaise le dit et Maryse Condé le prouve.
A une idée de livre de cuisine refusée par son éditeur Maryse Condé a répondu par Mets et merveilles.
Là où un ouvrage de cuisine se cantonnerait à des recettes, à des carcans,l’auteur propose des ébauches de recettes et revisite des plats qu’elle a rencontrés tout au long de ses périples.
Elle donne ainsi au lecteur le choix de se cantonner à l’original, de la suivre dans ses créations ou d’inventer sa propre recette.
Elle réaffirme une notion  qui lui est plus que chère : la liberté.

Ouvrir la bouche pour s’ouvrir aux autres.

Maryse Condé écrivaine Guadeloupéenne semble s’être construite dans l’ expérimentation des autres.
Les plats qu’elle décrit sont une porte vers d’autres cultures.
A travers les sensations gustatives rapportées par l’auteur, le lecteur se retrouve au seuil d’autres univers.
Il ne lui reste maintenant plus qu’à oser pousser la porte d’un restaurant indien, cajun ou encore israélien pour s’immerger un petit peu plus dans ce que sont ces communautés ou ces peuples .
Comme le dit la romancière elle même la connaissance du monde qui nous entoure rend plus intelligent.
Cette connaissance ne pourrait-elle pas passer aussi par la cuisine ?
En témoigne , par exemple cette discussion que nous rapporte Maryse Condé entre elle et une jeune femme aborigène en Australie, celle-ci lui décrit le mode d’alimentation de sa communauté principalement composé de viande d’animaux présents dans leur environnement , le « bush » .
Heureuse de cette entrée en matière à propos des aborigènes , l’auteur ne cache pas sa déception d’avoir du écourter cette rencontre qui semblait si prometteuse en matière de connaissance de l’autre.

Mélange des genres.

Le mélange des genres est l’essence même de cette ultime ouvrage .
Il est à l’image de l’auteur elle-même car Maryse Condé l’affirme dans de nombreuses interviews elle n’aime pas les étiquettes placées trop hâtivement sous son nom.
Alors qui est Maryse Condé ?
Elle nous répond à travers Mets et merveilles .
Maryse Condé est une femme, une mère , un écrivain, une enseignante, une grand-mère, une cuisinière, une amoureuse des voyages et encore bien d’autres choses .
Divers épisodes de ses multiples vies s’entremêlent dans l’ouvrage.
On passe de la pure description de la préparation de mets au commentaire littéraire en passant par le récit d’un épisode marquant de sa vie de femme.

Regret.

Je terminerais en disant que c’est avec grand regret que j’ai tourné la dernière page de ce que Maryse Condé décrit comme son ultime ouvrage .
Si elle déclare vouloir continuer à rêver dans sa tête , nous lecteurs ne pourront bénéficier de ses rêveries .

Comme elle le dit elle-même , l’écrivain est préoccupé par un certains nombre de questions qui occupent son univers littéraire et si les redites sont plus qu’appréciées en cuisine en littérature elles ne sont pas admises.
Quant au lecteur aucune forme de répétitions ne lui est interdite alors lisez , relisez Maryse Condé.

 

 

    English Version

I think Maryse Condé ‘s books have always been on my bookshelf. They sometimes brought me joy, beginnings of answers but they have also raised a few questions .

From Tituba : Black witch of Salem , a book I read in school to Tree of life accidentally found in a garden shed , I’ve always loved what Maryse Condé had to offer, and how she offered it , in a very blunt , honest and true manner .

In what might be her very last book she remains faithful to her voice and kills off stereotypes .

She puts an end to the rivalry between things of the spirit and fine food

A sequel to La vie sans fard.

In 2012, Maryse Condé published La vie sans fard, a memoir in which she meditates on her own life and just as the French Philosopher Rousseau did , she recounts very detailed experiences.

In Mets et Merveilles, the famous Caribbean writer delivers new episodes of her hectic life,and focuses on her multiple travelling experiences and on food.

Food in this very last book is definitely the main character, the one thanks to whom she discovers the different countries she visits and how complex human relationships can be .

For example, she evokes the time she spent in Berkeley as a professor but also a short period in New Orleans (she had the opportunity to enjoy creole food ) as turning points in the way she looks at gay people.

They came out as authentic freedom fighters.

Suggestions of recipes.

Originally, Maryse Condé wanted to write a cookbook but the idea was rejected by her publisher.

This rejection led her to write Mets et Merveilles.

Unlike a cookbook ,this book suggests recipes and, invites the reader to be original and bold .

You can either play it safe and make your own recipes or follow Maryse Condé ‘s cooking inspirations.

It feels like she is asserting freedom through her words  and urges the reader to be free just like her.

Eat fine food , then open to the world.

Maryse Condé, has always been attracted to others. She claims that the more you know the world, the better you will understand it.

She presents recipes from all over the world as explorations of the countries where they are from.

Thanks to the numerous flavours she introduces, you feel like being in India, Israel or even Australia . You also feel the desire to go and taste South -African , English or Caribbean cuisine in a fine restaurants.

The book contains short recountings of her meetings with natives , like the one with a young woman from the indigenous community in Australia , she told her about the food that sustained her people for thousands of years.

Maryse condé recalls how pleasing but also how too short their conversation was.

Different genres in one book.

Just like Maryse Condé , this book cannot really be defined .It ‘s a combination of different genres.

In many interviews she claims that she absolutely refuses to be labelled anything.

Her identity is very diverse , and this book serves as a manifesto of the different facets of her personality

Who is she exactly ? A woman , a writer, a scholar , a mother, a grandmother and many other things.

Different episodes of her life intertwine in a single book , and we go from literary comments to instructions on how to prepare good food.

Sadness

I will finish this article by saying that it was with a deep sadness that I turned the last page of what Maryse Condé calls « my last book » .

She is still concerned about literary questions but fears being repetitive and writing the same book twice.

Repetition is clearly admitted when it comes to food but as for literature it seems to be forbidden.

As a result , she decided to keep her stories in the depth of her mind, just for herself.

It seems like we won’t benefit from her grand talent anymore.

As for us readers, who should not be afraid of repetition, so go and read Maryse Condé again and again.

 

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