Benjamin Clementine : Chronique d’un mea culpa.

Benjamin Clementine « At least for now »

Depuis que j’écoute Benjamin Clémentine, j’ai envie de faire deux choses que je ne faisais pas avant : écouter les musiciens dans le métro et regarder les victoires de la musique car c’est en regardant ces dernières que j’ai véritablement découvert cet artiste anglais de 27 ans pour le moins atypique et tout droit sorti des sous-sols parisiens.

Le manteau ne fait pas le moine

S’il est vrai que j’ai entendu Benjamin Clementine pour la première fois lors de la dernière cérémonie des victoires de la musique voilà déjà environ 6 mois qu’il défile dans son grand manteau de laine noire sur mon écran de télévision .

Pour être tout à fait honnête il y a longtemps de cela que j’aurais pu parler de Benjamin Clementine mais j’ai d’abord été rebutée par l allure singulière de l’ artiste.

Outre son grand manteau, Benjamin Clementine arbore une coupe afro haute et déstructurée , qui semble tantôt être le fruit du hasard et tantôt celui d’un travail méticuleux.

Au delà de son allure plus que singulière , le titre du premier single de Benjamin Clementine « condolence » (condoléances en français) écrit en petites lettres blanches en bas de l’écran me conforta dans l’idée que j’avais là affaire à la nouvelle coqueluche des médias ,à un chanteur branché sans grand intérêt qui cherchait à se rendre intéressant et l’opération ne fonctionnait manifestement pas auprès de moi.

Je n’avais pas pris le temps d’écouter la musique du garçon et j’avais là bien tort.

Frappée par une révélation

Me voilà donc installée vendredi 13 février devant les victoires de la musique prête à dégainer ma télécommande au moindre discours de remerciements trop long ou à la moindre chanson qui ne me plairait pas lorsque soudain Benjamin Clementine fit de nouveau son apparition sur mon écran.

Il venait de recevoir la victoire de la révélation scène de l’année et s’apprêtait à faire ses remerciements au public.

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que contrairement à ce que pourrait laisser penser son patronyme, Benjamin Clementine est anglais et c’est dans sa langue qu’il s’est adressé au public des victoires de la musique.

Intriguée par cet artiste que j’essayais en vain de chasser de mon écran de télévision depuis déjà plusieurs mois, je me laissai prendre et je décidai de suivre la prestation qu’il livra ce soir là.

Je découvris alors un musicien , un pianiste et une voix aussi singulière que l’allure de l’artiste .

 

La musique de Benjamin Clementine est de celle qui s’écoute avec attention car elle est empreinte à la fois de douleur, de délicatesse, d’expérience et surtout d’honnêteté car si Benjamin Clementine s’exprime aujourd’hui c’est par nécessité.

Je fus frappée ce soir là par une révélation : il me fallait At least for now son tout premier opus .

Un premier disque comme un recueil de poèmes.

Les chansons de Benjamin Clementine sont très abstraites et ressemblent aux poèmes anglais insondables donnés en étude à de malheureux candidats au capès.

Heureusement, des indices sont disséminés dans les paroles et l auditeur comprend de quoi il s’agit.

Benjamin Clementine nous parle de son expérience et de l ‘expérience humaine de manière plus générale.

Il nous parle aussi de la difficulté de grandir et de devenir adulte.

Voici un petit exemple de ces indices , mais loin de moi l’idée de faire un commentaire composé d une musique qui se ressent plus qu’elle ne s’analyse.

« They say no man can be a prophet in his own country , so I left and here I am »

« Nul n’est prophète en son pays , alors je suis parti et me voilà ici »

« I’m sending my condolence to fear and insecurities »

« J’envoie mes condoléances à la peur et aux insécurités »

« Goodbye to the little child in me we kept on blaming everyone else instead of facing his own defeat »

« Je dis au revoir à l’enfant en moi qui ne cessait de rejeter la faute sur les autres au lieu d’affronter ses propres échecs »

Cet artiste qui se décrit tantôt comme un poète tantôt comme un « expressionniste » est criant
de vérité il suffit de regarder les rares interviews qu’il a accordées à la télévision française pour s’en apercevoir.

Là où certains chercheraient à paraître intelligents ou brillants, les réponses de Benjamin Clementine sont parfois très brèves, timides et sans chichis.

 

Une œuvre musicale très surprenante

At least for now est totalement inclassable.

Il ne s’agit ni de soul, ni de jazz, ni de pop, ni d’opéra.

Je suis allée de surprise en surprise en écoutant les 11 titres de cet opus.

Plongée dans une interprétation piano-voix épurée du titre «Then I heard a bachelor’s cry » je me suis subitement retrouvée à écouter du chant lyrique.

Benjamin Clementine n’est pas un chanteur au sens simple du mot, oui il chante mais il parle aussi , il nous parle à nous auditeurs mais il se parle aussi à lui , parfois il chuchote,parfois il chantonne.

Mea culpa

Aujourd’hui je fais mon mea culpa.

Oui, j ‘ai eu tort chacune des fois ou j’ai tenté d’éliminer Benjamin Clementine de ma télévision .

Je m’en mords d’autant plus les doigts que les deux seuls dates au Trianon à Paris( 19 et 20 Mars 2015 ) sont d’or et déjà complètes .

Alors réelle sincérité ou stratégie marketing d’une maison de disques qui chercherait à nous acheter à coup d’hyper honnêteté à une époque où nous en sommes terriblement en mal  ?

J’ai finalement choisi d’opter pour la première proposition.