Pluie et vent sur Télumée miracle

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Au panthéon de la littérature antillaise, il est de ces textes qu’il faut avoir lus .
Le roman de Simone Schwarz est indéniablement de ceux-là.
Ce grand texte de la littérature guadeloupéenne nous présente l’histoire de Télumée .
A l’image de son île après un cyclone, cette jeune paysanne renaît de ses cendres en dépit des pluies et des orages qui se dressent sur son chemin.

S’il faut du temps pour apprivoiser la langue de l’auteur qui allie à la fois la beauté de la langue française et la richesse du fond culturel guadeloupéen, une fois comprise les amoureux de la littérature ne seront pas déçus par les mots de Simone Schwarz -Bart .

Simone Schwarz-Bart a en effet une écriture qui bien qu’elle soit en prose conserve toute la beauté de la poésie.

Fort de ce qui le compose , Pluie et vent sur Télumée miracle parle aux femmes , rend hommage à la Guadeloupe et à ses légendes.

Télumée est-elle une femme « potomitan » ?

Bien des héroïnes de la littérature antillaise sont ainsi considérées.
Elles endossent ce rôle de pilier central du foyer et sur leurs épaules repose le devenir de celui-ci .
Certes , Télumée est une femme forte, mais si elle l’est ce n’est pas dans le but de faire avancer un quelconque foyer, Télumée s’inscrit dans la perpétuation des valeurs qui lui on été transmises par  toutes les négresses qui l’ont précédée.

De Minerve à Télumée, la filiation au féminin.

Le roman de Simone Schwarz Bart est divisé en deux parties : présentation des miens et histoire de ma vie.
Dans la première partie, Télumée nous fait d’abord le récit de la vie de sa bisaïeul Minerve puis celui de Toussine sa grand-mère, enfin c’est Victoire sa mère qui s’invite dans le roman.
Toutes trois sont des femmes combatives qui lui ont transmis cette force, Minerve possédait dit-elle « une foi inébranlable en la vie » Toussine était « une femme qui vous aidait à ne pas baisser la tête devant la vie » et Victoire « portait son visage haut levé ».
Si toutes les trois ont construit Télumée, c’est surtout de Toussine que l’héroïne tire la plus grande partie de son éducation.
A la mort de celle-ci, c’est encore une femme Man Ida fidèle amie de Toussine que l’on appelait aussi Reine sans nom qui prend le relais auprès de Télumée et qui lui permet de parfaire son éducation de négresse « debout sur ses deux pieds ».

Quand les proverbes, les mythes et les légendes de Guadeloupe deviennent littérature .

A travers son texte, c’est un hommage que l’auteur rend à la Guadeloupe toute entière, à ses paysages à sa nature à sa culture à ses légendes qui lui viennent directement des ancêtres majoritairement africains de ceux qui aujourd’hui l’habitent.

L’oralité fait partie de la culture Guadeloupéenne et nombreux sont les proverbes qui parsèment les pages du romans. Sont-ils authentiques ? Nul ne sait , mais ils résonnent à l’oreille du lecteur comme naturels et vrais tant habitués est-il à entendre des proverbes au quotidien.

Pour adoucir le cœur de sa petite fille Télumée qui s’en va chez une famille de « grands blancs » se louer en tant que domestique Reine sans nom lui offre la parole suivante pour lui faire comprendre que parfois des sacrifices sont nécessaires pour accéder à une meilleure condition quitte à parfois se perdre soi-même :

« Il arrive même au flamboyant d ‘arracher ses boyaux dans son ventre pour le remplir de paille … »
La très célèbre légende dite de la « bête à feu » ou du « soucounyan » que les grand-mères guadeloupéennes racontent à leur petits enfants pour les amener au lit très tôt et qui raconte l’histoire d’une femme qui prendrait la forme d’une créature de feu la nuit venue et viendrait trouver du répit dans les fromagers est incarnée par Man Ida.
L’auteur réhabilite tout un pan de la culture antillaise et l’inscrit dans la perpétuité à travers les mots.

Je terminerai en invitant tout le monde à découvrir ou à redécouvrir ce grand texte qui parle des Antilles.

Aujourd’hui dans nos sociétés les débats se multiplient sur le rôle de la femme , sur la nécessité pour elle d’être ou non le « poto-mitan » de la famille antillaise .

Pluie et Vent sur Télumée Miracle nous permet de poursuivre la réflexion et se pose comme une forme de compromis en redéfinissant le « poto-mitan ».

Le roman nous dit que les femmes peuvent être perpétuatrice des valeurs transmises par les anciens sans que leur soit assigné à elle et à elle seule la dure tache d’élever la société.

Télumée ne donne naissance à aucun enfant et n’élève aucune famille, elle est ce qu’elle est par respect pour ses aînées.

Enfin , nombreuses sont les maîtresses -femmes dans ce roman , Man Ida , Reine sans nom,mais qui sont les Man Ida et les reines sans nom aujourd’hui autour de nous ? Il  y en a t-il ?

Le débat se poursuit…